Près d’un ménage belge sur huit peine à faire face à ses factures d’énergie, selon une étude de l’ULB publiée par la CREG. Derrière ce chiffre, un profil se détache nettement : le locataire !

11,8 % des ménages sur la corde raide
Le chiffre tombe au moment où on rallume les radiateurs ! En 2024, 11,8 % des ménages belges et 10 % de la population se trouvaient en situation de vulnérabilité énergétique. C’est ce que constate une étude menée par l’ULB à la demande de la CREG, le régulateur fédéral de l’énergie. Les chercheurs ont passé au crible le poids de la facture d’électricité et de gaz dans le budget des ménages entre 2018 et 2024, crise énergétique comprise.
Trois signaux d’alerte, mais deux suffisent
Pour mesurer le phénomène, l’étude a construit un nouvel indicateur qui croise trois critères.
- Le ménage boucle difficilement son budget ou traîne des arriérés sur ses factures d’énergie ou d’eau depuis un an (près de 19 % des ménages en 2024 !).
- Il n’a pas les moyens de chauffer correctement son logement (5 %).
- L’énergie lui coûte plus de 7,5 % de son revenu disponible, calculé une fois le loyer ou le crédit hypothécaire payé.
Deux cases cochées sur trois et le ménage entre dans la statistique.
Locataires, les grands perdants du thermostat
Les locataires sont environ 3 à 4 fois plus souvent en vulnérabilité énergétique que les propriétaires, qu’ils remboursent un crédit ou non. Ils pèsent à peu près 32 % des ménages belges, mais plus de 60 % des ménages vulnérables.
Pas besoin d’un doctorat pour saisir une partie du problème : le locataire ne choisit ni la chaudière, ni le double vitrage, ni l’isolation du toit. Il règle la facture d’un logement dont il ne maîtrise pas la performance énergétique !
Isolés et familles monoparentales en première ligne
Trois profils dépassent largement la moyenne :
- les isolés de moins de 65 ans (21,2 %),
- les familles monoparentales (20,1 %)
- les isolés de plus de 65 ans (13,8 %).
Ce profil, c’est aussi le cœur de cible des studios et des appartements une chambre, des bien qui sont les chouchous des investisseurs.
Des réflexes toujours ancrés ?
Autre enseignement qui mérite qu’on s’y arrête : pendant la crise énergétique de 2021 et 2022, les dépenses réelles des ménages ont grimpé bien moins vite que les factures théoriques. Pour les auteurs, c’est le signe que les familles ont adapté leur comportement. On devine le salon à 17 degrés et le pull en laine de rigueur, là derrière… Bonne nouvelle quand même : l’étude montre que le tarif social atteint efficacement les ménages vulnérables.
Et cet hiver, on remet ça ?
Les données s’arrêtent en 2024, quand les prix étaient en grande partie revenus à leur niveau d’avant la crise. Le décor a changé depuis : le prix européen du gaz a dépassé les 86 euros le mégawattheure à la mi-octobre, du jamais vu depuis décembre 2022, et les tarifs sociaux ont augmenté au 1er octobre (+7 % en électricité, +11,4 % en gaz par rapport au trimestre précédent). La CREG présente d’ailleurs son nouvel indicateur comme un outil pour repérer les ménages fragiles lors des prochaines hausses.
Pour un bailleur, cela prouve plus que jamais qu’isoler son bien et remonter son peb, c’est une façon de sécuriser son revenu locatif.