Sur une colline de la Côte-d’Or, l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives, en France) dégage depuis 2019 un complexe de plusieurs centaines de mètres carrés, église comprise, avec étage et chauffage au sol à la romaine !

Tout agent immobilier vous le dira : la situation fait la moitié du prix. Sur ce point, la Montagne de Saint-Laurent, à Mesmont, une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Dijon, place la barre haut ! Cette colline restée debout quand l’érosion rabotait les environs, domine la vallée de l’Ouche. Pentes raides contre les visiteurs indésirables, plateau assez large pour bâtir à l’aise : le cahier des charges du palais moyenâgeux est parfaitement rempli !
Des trouvailles y sont signalées dès le XVIIIe siècle, mais tout change en 2019 avec l’arrivée de l’Inrap, l’institut public français chargé des fouilles archéologiques, qui planifie un programme de trois ans en 2026, piloté par l’archéologue Antoine Guicheteau.
Petit rappel historique : Rome vient de tomber
Au Ve siècle, l’Empire romain d’Occident s’effondre. En Bourgogne, les Burgondes, un peuple germanique, fondent un royaume qui passe en 534 sous la coupe des Francs. Bienvenue dans le haut Moyen Âge, l’époque des rois mérovingiens !
Rome ne disparaît pourtant pas d’un claquement de doigts. Techniques de construction, pratiques religieuses, administration : les vieilles habitudes ont la vie dure ! À Mesmont, des notables continuent ainsi à vivre à la romaine plusieurs générations après la chute de l’empire. Et ce genre de site se laisse rarement étudier en entier, souligne l’Inrap : trop loin des chantiers d’aménagement, difficile d’accès ou recouvert par des villages toujours habités… Ici, ce n’est heureusement pas le cas !
Surfaces et volumes : des centaines de mètres carrés au compteur
Sur le plateau, un bâtiment des VIe et VIIe siècles affiche près de 240 m² au sol, cuisine probable comprise. Au sommet, une vaste église de 27,5 mètres sur 12,4, flanquée d’une annexe qui servait vraisemblablement de presbytère, se prolonge à l’ouest par un édifice de 15 mètres sur 12 dégagé cette année. Murs larges et mortier soigné plaident pour un étage. Au sud, une troisième construction dépasse les 20 mètres de long.
Le tout forme un ensemble tiré au cordeau. D’où le point d’interrogation prudent que l’Inrap glisse dans son titre : et si c’était un palais ?
Le chauffage au sol, version Antiquité tardive
Le vrai sujet qui nous intéresse se cache sous les pieds. Pilettes en nombre, fragments de tubulures, restes de suspensura, ce sol en béton suspendu : tout désigne un hypocauste, le chauffage par le sol hérité des thermes romains !
Comment fonctionne un hypocauste ?
Imaginez un plancher chauffant sans tuyau d’eau ni thermostat. Le sol repose sur de petits piliers de briques, les pilettes, qui ménagent un vide. Un foyer y pousse de l’air chaud, la dalle stocke la chaleur et des conduits en terre cuite la font grimper dans les murs. Zéro radiateur en vue, donc !
Un confort réservé aux grosses fortunes
Le dispositif mobilisait des corps de métier pointus, briquetiers et chaufourniers en tête. Pour l’Inrap, ce genre d’installation trahit la présence « de hauts personnages, à même de financer ces travaux ».
Finitions haut de gamme et voisinage prestigieux
Les propriétaires ne lésinaient pas non plus sur le verre : plus de 500 fragments depuis 2019, dont une cinquantaine de verres plats probablement montés dans les vitraux de l’église. Le reste ? Des lampes et de la vaisselle de table, marqueurs d’un train de vie de privilégiés. D’ailleurs, le voisinage était plutôt mondain…
Pourquoi le bien est resté sans repreneur
Construit au Ve siècle, le complexe reste habité sans gros travaux jusqu’au début du VIIIe, comme l’attestent la céramique et le radiocarbone. Puis l’adresse perd de son lustre. Les reliques de saint Antide, probablement conservées sur place jusqu’au IXe siècle, filent vers Brescia, en Italie, et la vie glisse sans doute vers le bourg voisin de Sombernon.
Dernier vice caché : des détectoristes ont pillé le site à de nombreuses reprises, privant les chercheurs de tout objet en métal. Une perte irrémédiable, d’autant plus rageante que le chantier est ouvert aux bénévoles ! Envie de fouler ce chauffage au sol de vos propres pieds ? Truelle bienvenue, détecteur de métaux à laisser à la porte.