“On a acheté un château en viager… sur 300 ans !”

Acheter un château, impayable ? Pas forcément… Un couple de jeunes Belges a peut-être trouvé une parade assez folle !

À l’origine de cette acquisition hautement discutable, ou génialement visionnaire selon l’humeur, un jeune couple brabançon : Élodie Van Meers, 34 ans, architecte d’intérieur, et Nicolas Dardenne, 37 ans, consultant en énergie. « On voulait plus grand », résume Nicolas. « Au départ, on cherchait une maison avec du cachet. Puis l’algorithme a dérapé… et nous aussi. »

Du coup, les petites annonces du style « maison trois façades, jardin bien orienté, PEB en cours » n’ont jamais fait rêvé Nicolas. En revanche, lorsqu’il a vu celle-ci, son sang n’a fait qu’un tour : « un château du XVIIIe siècle, 42 pièces, douves assoupies et pigeonnier classé ». Il s’en est suivi une longue discussion avec Élodie sur la faisabilité de la chose puis, d’un coup, une idée leur est venue : pourquoi ne pas opter pour un viager ? Un rapide calcul sur ce qu’ils pouvaient mettre comme bouquet et donc comme rente les a mené à la conclusion suivante : il leur faudra pas moins de 300 ans pour que le projet tienne la route. Oui, 300, soit trois siècles ! De quoi faire passer un prêt hypothécaire sur 25 ans pour un coup de tête pris entre la poire et le café ! Mais pourront-ils seulement en profiter ?

« On s’est dit que sur 300 ans, ça devenait presque raisonnable »

Le principe de l’opération est simple, du moins sur papier : les acquéreurs versent un bouquet de départ, puis une rente mensuelle pendant… 300 ans. Une formule qui, selon eux, « lisse admirablement l’effort financier sur plusieurs générations ». En clair, leurs arrière-arrière-arrière-petits-enfants nés en 2189 auront encore un prélèvement automatique au nom du château. « Indexation considérée, ce sera une petite croute de pain pour eux, donc on ne peut pas dire que l’on met notre hypothétique descendance en péril… » Mais est-ce seulement possible ? Pour le savoir, nous avons interrogé le notaire responsable de la vente, un entretien que vous trouverez ci-dessous …

Pour Élodie, « les gens jugent sans connaître. Aujourd’hui, il faut penser long terme. Très long terme. Trop long terme, peut-être ? Mais regardez le marché : à un moment, soit on renonce à devenir propriétaire, soit on accepte des procédures orientées vers le long terme. » Elle admet toutefois que, dans la famille, l’annonce a provoqué des réactions nuancées…

Le château en question se situe quelque part dans le fond du Namurois, Nicolas préférant rester discret sur l’adresse exacte, même si les habitués du coin auront peut-être une idée assez précise… Façade en pierre bleue, escalier monumental, toiture « à reprendre », le constat est classique… Il faudra beaucoup d’énergie pour le remettre à neuf !

Entretien express avec le notaire le plus patient du royaume

Nous avons contacté Maître Arnaud Belpierre, le notaire responsable de la vente.

Un viager sur 300 ans, est-ce légal ?
« Disons que c’est… créatif. Le dossier m’a demandé plusieurs lectures, un thé, puis une promenade. »

Vous avez hésité ?
« À un moment, pour tout vous dire, j’ai cru à une caméra cachée. Puis j’ai vu qu’ils avaient déjà choisi la couleur des rideaux du grand salon. »

Concrètement, ils ont acheté quoi ?
« Le bien, avec un droit d’occupation encadré dès la signature. Ce n’est pas une promesse vague ni une réservation poétique sur plusieurs siècles. Les acquéreurs peuvent occuper une partie des lieux, y vivre et y réaliser certains travaux, selon les clauses prévues dans l’acte. »

Donc ils peuvent réellement habiter dans le château ?
« Oui. C’est généralement la première question, et elle est assez saine. Dans ce type de montage, il faut distinguer la propriété, l’occupation et les droits liés à la transmission. Ici, les acquéreurs ne paient pas pendant 300 ans pour contempler une grille fermée depuis l’allée ! »

Qui paie les travaux, l’entretien et le toit qui fuit ?
« Les acquéreurs assument l’essentiel des charges d’occupation et d’entretien courant, ainsi qu’une partie des gros travaux selon la répartition fixée dans l’acte. Dans ce genre de bien, il faut rédiger avec soin : un château n’est pas un appartement avec une chaudière capricieuse, c’est un organisme vivant qui perd parfois des morceaux. »

Quel est le point le plus complexe ?
« La clause de transmission. Il a fallu prévoir ce qui se passe en cas de succession, de division du bien, ou d’apparition d’un héritier passionné par les yourtes et hostile aux toitures d’ardoises. Surtout qu’ils n’ont pas encore d’enfants ! Ils ont toutefois promis de s’y mettre une fois dans le château… »

Le vendeur, un aristocrate discret, se serait montré « très attaché à l’idée d’une continuité patrimoniale ». Traduction possible : il voulait vendre sans vraiment vendre et surtout rester dans l’histoire. Mission accomplie, selon nous…

Vivre dans un château, entre prestige et humidité de caractère

Depuis la signature, le couple s’est installé dans l’aile ouest, « celle où les courants d’air ont le plus de personnalité ». Ils ont déjà refait deux salles de bains, remplacé une gargouille et apprivoisé trois pièces dont personne ne sait vraiment à quoi elles servaient.

Leur projet ? Ouvrir ponctuellement le domaine pour des visites, quelques événements, peut-être des séminaires sur le patrimoine, l’habitat durable et les erreurs qu’on commet lorsqu’on visite un bien « juste pour voir ». Il serait également question d’organiser une fois l’an, une pêche à la truite dans les douves.

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