Le trou noir de l’AIS de Saint-Josse : 20 ans de logements sociaux passés sous le radar

À Saint-Josse, l’audit sur l’AIS décrit vingt ans d’attributions douteuses, de loyers détournés et de confiance bien abîmée.

Pour rappel, une agence immobilière sociale, ou AIS, est censée jouer les intermédiaires entre propriétaires privés et locataires à revenus modestes. Le principe est simple : un propriétaire confie son bien à l’AIS, accepte un loyer plus bas que le marché, et reçoit en échange une gestion sécurisée. De l’autre côté, le locataire accède à un logement abordable.

Selon la FEDAIS, les AIS bruxelloises gèrent environ 8.000 logements et sont agréées par la Région de Bruxelles-Capitale. À Saint-Josse, ce système socialement juste est aujourd’hui au cœur d’un scandale qui sent beaucoup moins la bonne gestion que le magouillage en sous-sol…

L’audit qui change tout

D’après BX1 qui relaie les révélations de BRUZZ, un audit judiciaire transmis au parquet de Bruxelles décrit des années de fraude à l’AIS de Saint-Josse. En clair : des logements auraient été attribués à des proches, des documents auraient été falsifiés et des loyers auraient même été détournés !

Les chiffres donnent le tournis : sur 181 dossiers examinés, les auditeurs auraient relevé 94 cas de fraude avérée et 44 cas de fraude présumée. Au moins 39 logements auraient été attribués à des employés de l’agence ou à des membres de leur entourage entre 2008 et 2025 !

Autrement dit, pour certains candidats locataires réellement dans le besoin, l’attente était injustement trop longue !

Des loyers détournés et des locataires fragilisés

Le volet le plus sensible concerne les loyers. Selon l’audit cité par BX1, une employée aurait transféré des paiements effectués par des locataires vers son propre compte ou celui de membres de sa famille ! Conséquence possible : des personnes vulnérables auraient pu se retrouver exposées à un risque d’expulsion, alors qu’elles avaient payé !

On parle ici de ménages qui comptaient sur un dispositif public pour avoir un toit, et qui auraient été pris dans une machine détraquée.

Une faillite déjà très embarrassante

L’AIS de Saint-Josse n’existe plus aujourd’hui. Elle avait déjà fermé après un déficit de 520.000 euros, notamment lié à des loyers impayés et à un procès coûteux. En janvier 2026, BX1 rapportait que 228 logements étaient concernés par la fermeture, avec des familles parfois plongées dans l’incertitude.

À l’époque, plus de 200 logements devaient être repris, ou non, par d’autres AIS. Et à ce moment, certains propriétaires pouvaient choisir de ne plus passer par ce système ! Pour certains locataires, cela signifiait une hausse brutale du loyer…

« On peut parler de système »

L’ancien administrateur Ecolo de l’AISSJ, Pascale Lemaire, affirme que des alertes existaient depuis plusieurs années. Il résume l’ampleur du dossier par une phrase lourde de sens : « Quand on parle de plus de 20 ans, quand on parle de 86 % des dossiers qui font l’objet d’une suspicion, voire même d’une certitude quant à un état de fraude, je pense qu’on peut parler de système », rapporte-t-il à BX1.

De son côté, Karine Lalieux, secrétaire d’État bruxelloise au Logement, parle d’un cas isolé et défend le modèle des AIS, qu’elle dit vouloir renforcer plutôt qu’abandonner. Elle affirme aussi avoir transmis le dossier au parquet.

Le vrai sujet : les contrôles

Au-delà des responsabilités individuelles, que la justice devra établir, cette affaire pose une toute autre question : comment une structure subsidiée, active dans un secteur aussi sensible que le logement social, a-t-elle pu accumuler autant de soupçons pendant si longtemps ?

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