C’était l’un des dispositifs les plus visibles de la politique climatique bruxelloise. Mais pour le nouveau gouvernement régional, le système Renolution ne peut plus continuer sous sa forme actuelle. Vous le savez si vous nous suivez, les primes à la rénovation sont suspendues ! Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a plus rien pour soutenir la rénovation à Bruxelles…

C’est dans une interview accordée au journal Le Soir que la secrétaire d’État bruxelloise à l’Environnement et au Climat, Ans Persoons (Vooruit), annonce clairement un changement de cap : demain, Bruxelles veut remplacer les aides directes par des prêts à taux préférentiel, voire à taux zéro pour certains ménages.
L’argument est autant budgétaire que politique. Le budget de la compétence environnement-climat recule, passant de 219 à 202 millions d’euros, dans un contexte où le gouvernement dit vouloir rester ambitieux sur le plan écologique tout en corrigeant ce qu’il considère comme des effets pervers. Selon Ans Persoons, le système actuel a certes rencontré un grand succès, mais il a aussi largement profité à des ménages plus aisés. Elle pointe un chiffre frappant : un quart des primes aurait bénéficié aux 5 à 7 % des ménages les plus riches. En clair, la Région estime avoir trop souvent subventionné ceux qui pouvaient déjà financer leurs travaux sans aide publique !
Des prêts plutôt que des chèques
Le nouveau mécanisme n’est pas encore entièrement ficelé, mais sa philosophie est déjà connue. D’abord, Bruxelles promet de respecter les engagements pris et de payer ce qui reste dû dans le cadre du système actuel. Ensuite, la logique change. Fini les primes généralisées : place à des prêts ciblés, avec des conditions plus avantageuses pour les ménages fragilisés et la classe moyenne inférieure.
L’idée n’est pas totalement neuve. Il existe déjà des prêts Ecoreno via le Fonds du logement. Mais Ans Persoons veut aller plus loin, avec des formules à 0 % sur 20 à 25 ans, afin de permettre aux ménages de rénover sans s’étrangler financièrement. Le pari est simple sur le papier : grâce à des mensualités étalées dans le temps et à des factures d’énergie plus basses, les travaux deviendraient supportables pour des foyers qui, aujourd’hui, renoncent souvent avant même de demander un devis. Parce qu’entre l’architecte, l’entrepreneur et l’impression diffuse qu’il faut un master en paperasse pour isoler une toiture, beaucoup finissent par laisser tomber !
Une politique plus “inclusive”
L’enjeu n’est pas seulement de réduire les émissions ou d’améliorer la performance énergétique des logements, mais aussi d’éviter que la transition verte ne creuse les inégalités, explique la responsable. Pour elle, la rénovation doit profiter d’abord à celles et ceux qui en ont le plus besoin, à la fois pour le climat et pour le portefeuille.
Reste une grande inconnue : ce système sera-t-il suffisant pour accélérer réellement le rythme des rénovations à Bruxelles ? En effet, la région avait annoncé en grande pompe vouloir en terminer avec les passoires énergétiques à l’horizon 2033. Soit demain. Et sincèrement, on est très loin du compte. Si l’on considère le nombre de maisons, la durée moyenne d’un chantier, le coût moyen d’un chantier, les ressources disponibles pour un ménage et le nombre d’entrepreneurs disponibles, cela paraît fort compliqué…